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18/05/2020

Femmes dirigeantes et gestion du Covid-19

Cela fait un mois tout juste qu’un article du magazine Forbes titré « Qu’ont en commun les pays ayant les meilleures réponses aux coronavirus ? Les femmes dirigeantes » a été publié puis diffusé et relayé, avec une très grande audience. Je ne prétends pas être la première à vous proposer ma réflexion sur le sujet ! Mais à présent, nous avons un mois de recul supplémentaire pour regarder ce qu’on fait les femmes d’État et leurs homologues masculins.

Il est impossible d’être exhaustive bien sûr. De plus, il est évident que parmi les 90 % de chefs d’État qui sont des hommes, certains ont bien géré.

La différence, c’est que les femmes cheffes d’État ont remarquablement bien géré.

Prendre les chiffres et les comparer permet une approche qui a ses défauts – la population à Taïwan n’a pas les mêmes habitudes que les Italiens, la pénétration du Covid-19 ne s’est pas faite en Australie comme en Amérique du Nord, etc. –, on le sait, mais permet tout de même de dégager quelques lignes fortes. Et moi, au-delà des statistiques, je regarde les personnalités des uns et des autres. Principalement leur réactivité ! Dans ce domaine comme dans d’autres, à l’arrivée de la crise sanitaire, le leadership au féminin s’est montré à la hauteur. Des articles ont ensuite critiqué ou nuancé le fameux papier paru dans Forbes (je pense en particulier à la journaliste Arwa Mahdawi dans le Guardian, craignant l’idée sexiste que les femmes sont plus compassionnelles.) Alors, regardons les actes.

 

J’avais trouvé très forte l’image de la présidente slovaque, Zuzana Caputova, prêtant serment le 21 mars avec un masque, comme l’ensemble de son gouvernement. Il n’y avait pas encore eu un seul décès dans le pays.

 

« Nous avons un remède contre le coronavirus – c’est la solidarité, la responsabilité et la détermination de toutes les personnes qui se soucient de la Slovaquie », déclarait le chef de ce gouvernement. « Allons nous battre. »

Zuzana Caputova et son équipe ont pris, peut-on penser, les armes qu’il fallait. Il est vrai que les pays d’Europe centrale ont été moins atteints que l’Europe de l’Ouest, cependant la Slovaquie est moins touchée que ses voisins.

Julia Mistewicz a signé à ce propos le 30 avril une excellente tribune dans L’Opinion, où elle souligne que la Slovaquie « fait partie des pays dont la réaction à la menace du Covid-19 a été la plus rapide et la plus déterminée. »

 

Comme en Finlande ! Voyez comment Sanna Marin, Première ministre de la Finlande, a intelligemment fait jouer les meilleurs outils pour répandre les instructions auprès de la jeunesse dans son pays : elle a demandé aux « influenceurs » des réseaux sociaux de relayer les recommandations sanitaires. Bien joué, vraiment ! Ce n’est pas parce qu’elle est la plus jeune dirigeante de la planète qu’elle a pensé aux blogueuses : c’est bien plus certainement parce qu’elle a cherché ce qui serait rapide et efficace.

 

On pourrait objecter que je cite là deux pays à faible population, supposés plus faciles à gérer ? Très bien, en voici un autre riche de 83 millions d’habitants : l’Allemagne. Dirigé par celle qui a été désignée « Femme la plus puissante du monde » à 13 reprises par le classement Forbes.

Angela Merkel a rapidement averti les Allemands que c’était du sérieux, que (d’autres auraient minimisé pour ne pas affoler, et d’ailleurs ils l’ont fait) le virus pourrait infecter jusqu’à 70% de la population. La chancelière  a lancé un plan d’aide économique, renonçant à son sacro-saint pas d’endettement ! Et en Allemagne aussi, les tests ont commencé dès le départ.

 

Maintenant, côté dirigeants (je précisais dès le début que certains ont bien géré), je vais en citer trois aussi. Parce que les attitudes dangereuses ou irresponsables, à ce niveau, cela met très (vraiment très très) en colère.

 

Boris Johnson a annoncé ce 10 mai un début de déconfinement. En trois phases et en ordre dispersé. Le Royaume-Uni voulait obstinément tabler sur une « immunité collective » terriblement risquée ; d’ailleurs presque aucun pays n’a appliqué cette stratégie. Le pays a été confiné bien trop tardivement, les semaines précédentes encore le gouvernement britannique était dans le déni. Entre autres, le 19 avril, le Sunday Times l’accusait d’avoir ignoré les alertes des scientifiques et d’avoir tardé à commander des équipements.

 

Un qui n’est pas dans le déni – vu son cynisme, lui il est dans mon top five des personnages politiques dangereux –, c’est l’ahurissant président du Brésil, Jair Bolsonaro. Il propose une journée de jeûne et de prière pour « délivrer le Brésil du mal ». À côté de ça, il déclare tout bonnement que « les vieux et les personnes vulnérables vont mourir. Oui, ils vont mourir. Je le regrette. Mais l’économie ne peut pas s’arrêter  en raison de la mort de quelques milliers de personnes. »

Le Brésil, si on va au-delà des données officielles, est peut-être le pays le plus atteint de tous !!! Un article dans La Croix (Gilles Biassette le 12 mai) donne ainsi la parole à un chercheur brésilien : « L’ampleur de la vague brésilienne est bien plus grave, affirme Domingos Alves, responsable du Laboratoire de renseignements sur la Santé de l’université de Sao Paulo (USP). D’après nos estimations, le nombre des personnes contaminées est 16 fois plus élevé. Nous estimons qu’il y a plus de 2 millions d’individus atteints par le Covid-19, ce qui fait du Brésil le pays le plus touché au monde ».

 

Ahurissant encore : le président des États-Unis. J’y suis née, le sujet me touche de près. Ses déclarations tonitruantes et absurdes sur le virus, ses menaces contre les autres pays plutôt qu’aider le sien, ses idées pseudo-médicales qui feraient hausser l’épaule si elles ne venaient pas de l’homme le plus puissant du monde… Vraiment, c’est une accumulation de mauvaise foi et d’incompétence. Hillary Clinton, et on sait qu’elle a beaucoup travaillé sur des sujets de santé publique, a déclaré le 28 avril en apportant son soutien au démocrate Joe Biden, rival de Trump : « Pensez juste à la différence que cela ferait en ce moment si nous avions un président qui non seulement écoutait la science, plaçait les faits avant la fiction, mais aussi nous rassemblait. Pensez à ce que cela ferait si nous avions un vrai président et pas juste quelqu’un qui en joue un rôle à la télévision. »

Moi, j’ajoute : pensez à la différence que cela ferait si Hillary Clinton, aux dernières élections présidentielles, avait été chargée de gérer la nation, elle qui avait obtenu bien plus de voix des Américains… Je suis profondément convaincue qu’au lieu de menacer d’autres pays ou de claquer des portes, elle se serait engagée dans une lutte efficace, lucide et rationnelle.

 

(La place me manque pour saluer la prise en main de la pandémie par d’autres femmes, en Nouvelle-Zélande, à Taïwan, en Norvège…)

 

 

Je vous invite à lire (on en revient à l’article paru dans Forbes) le papier de Rebecca Amsellem dans Les Glorieuses ** « les femmes sont de meilleures dirigeantes dans ce contexte de crise sanitaire non pas parce que ce sont des femmes ni parce qu’elles font preuve de qualités ’féminines’ mais parce qu’elles ont les compétences nécessaires pour diriger un pays. »

J’aimerais, mes amies, connaître vos avis à ce sujet. Je penche à croire qu’il n’y a pas au sommet de femmes faisant mal le travail pour une raison simple : il leur a fallu prouver qu’elles étaient les meilleures des meilleures pour gravir les marches.

 

Alors, pour conclure, comment ne pas citer la grande Françoise Giroud, la formule date de 1983 (interview au journal Le Monde) mais reste tellement juste :

« La femme serait vraiment l’égale de l’homme le jour où, à un poste important, on désignerait une femme incompétente. »

 

Janicka Bassis

 

 

* À rapprocher du ministre français de l’Intérieur, Christophe Castaner, qui visite le 6 mai une usine de masques et pose pour la photo en compagnie de 30 personnes, rapprochées et sans masque !!!

 

** https://lesglorieuses.fr/meilleures-leaders/?v=11aedd0e4327

 

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